Une vie entière.......
Ecrire son histoire, c'est accepté de lacher un peu de son passé et prendre l'avenir devant soi, de ne plus se retourner sans cesse comme les
chiens pour s'assurer de voir encore leur maître. Sans remords, sans joie, c'était ainsi il n'y a pas de boutons marche arrière donc inevitable. Aller de l'avant sans connaître sa
route....
Naissance
Ma naissance ne fut pas des plus faciles car ma venue la déclarerait comme mère et elle serait plus cette femme-enfant tant admirée par mon père.......
Leur rencontre fut digne des films d'Hollywood. Lui 35ans représentant commerciale en visite chez son patron. Elle, 18 ans belle à se damner, en permission de
son internat chez ses parents.
Ils s'aimèrent dans l'instant avec passion et obsession. Elle rêvait théâtre, de voyage d'amour, de vénération. Il rêvait d'amour, de famille......
Je naquis donc difficilement car ma mère me retenait en serrant les cuisses. Mon père lui fou de joie se plongea dans une tournée digne des commerciaux. Il ne
se présenta à ma mère que quelques jours plus tard embrumé d’une naissance un peu trop arrosée.
La rencontre avec ma mère fut très spéciale. Il me fallut attendre deux jours qu'elle me réclame avant que je ne lui sois présentée. Coincée, j'avais cherché
l'air qu'il me manquait pour hurler ma venue. Ses seins encore juvéniles me refusaient le lait que je réclamais. Des crevasses profondes lui meurtrissaient la poitrine. Ainsi il lui fut plus
facile dés le début de notre relation de marquer une limite. « Cendrine » fut choisit par ma mère fane de Cendrillon (quel destin m'attendait avec un tel prénom, récurage, lessivage,
cendres, et solitude)
Nous avons vécu plusieurs mois chez ma grand-mère paternelle et quand maman et papa remirent le couvercle une deuxième fois il fut temps pour eux de se prendre
un appartement dans le vieux Lyon
Je participais à ce départ sans comprendre ce qui arrivait. Les meubles bougeaient de place, se retrouvaient dans le couloir pour disparaître enfin. Et ainsi
je me retrouvais couchée dans un grand lit, prés de ma grand-mère. Ma mère s'était évaporée avec les meubles et je n'avais plus que pour seule peluche l'avant bras de ma grand-mère que je
palperais jusqu'à l'age de neuf ans.
Papa pour se consoler m'offrit un chien rempli de puces et avec une diarrhée impressionnante. Le week-end qui suivit, il ne fut plus chez eux, lui aussi avait
disparu. A sa place un autre chien était là. J'avais peur que lui aussi disparaisse alors je l'inspectais de mes yeux d'enfant voir si rien ne sautait au dessus de lui, s'il n'avait pas des
fuites de liquide.
Maman rassurée que le chien soit convenable, m'autorisa à le prendre dans mes bras. Propre et bien brossé ses poils soyeux caressaient mes doigts. Je
l'approchais de mon visage pour caresser ma joue. Je sentais son coeur battre prés du mien, je ne le lâchais plus. Il s'amusait avec mes boucles, les mordillait enfonçait son museau dans ma nuque
pour mieux les saisir, j'enfouissais mon visage dans sa fourrure. J'étais ivre de cette douceur.
Et puis je ne sais pas comment je me retrouvais debout devant la fenêtre ouverte je ne voyais plus rien. Le chien ivre de joie me léchait le visage m'offrant
son amitié qui ne serait à jamais trahie.
Je crus que cette allégresse me donna le pouvoir de voler. En un dixième de seconde j'étais dans les airs, mes pieds ne touchaient plus terre, et ma surprise
fut telle que je lâchais mon chien....
La vitesse de se demi vol plané c'était mon père. Il me saisit par la taille avec force à m'en couper le souffle. Maman était penchée à la fenêtre je pensais
naïvement que le chien serait dans ses bras. Mais du huitième étages, la chute fut fatale. Il n’était pas passé par le couloir pour disparaître comme les meubles.
Grand-mère
Il y a deux façons de raconter sa vie. Soit un long et ennuyeux défilement où l'on ne se souvient que des douleurs, des ratés, des regrets,
et frappés de « si j'avais su ». Soit de courts moments qui font rire le coeur et l'âme, de situations cocasses, de bêtises et d'innocences.
Mon frère Serge était né et avait suivi Roger puis Caroline. Plus tard il y aurait Valérie et Marc.
Tous les jeudis, Maman me récupérait à l'école avec mes autres frères et soeurs. Ce jour était particulier, c'était le jour grande lessive, je passais à la
lessiveuse, récurage, ongles propres et elle s'obstinait à vouloir dresser mes cheveux frisés et rebelles au peigne. Le soir papa empreintait le vélo d'un voisin pour me raccompagner chez
grand-mère. Chaque séparation était pour moi douleur. Je quittais malgré moi frères et soeurs que je connaissais à peine. Mais mon amour d'eux grandissait chaque fois un peu plus.
Ce qui il avait de bien avec ma grand-mère c'est que je jouissais d'une complète liberté. Certain soir je décidais que la semoule à l'huile qu'elle nous
servait méritait son ptit coup de vin rouge. Et alors je profitais qu'elle soit occupée pour nous remplir les verres. Elle n'a jamais découvert ma ruse. Puis sonnées nous nous installions sur le
divan voir la TELEVISION Je détestais la musique des dossiers de l'écran, elle zappait les Angéliques, je fuyais « la tête et les jambes ».
Bref nous n'avons jamais à nous deux trouvé une émission ou un film commun. Lassée d'attendre que je veuille bien me coucher, elle se levait et dans un
vocabulaire cireux criait :-ça suffit trac trac la télé viens te coucher Cendrine. Le trac trac s'était le bruit de la télécommande avec lequel je lui martelais sa tête embrumée.
Moi c'était le matin qu'elle me faisait du « trac-trac » dans la tête,quand elle arrivait pour me sortir de ma torpeur en ouvrant les fenêtres: -LEVE
-TOI t'es en retard pour l'école ta mère va crier si elle te voit arriver encore avec une demi heure de retard .
Purée un ptit coup de rouge ne lui aurait pas fait de mal de bon matin pour qu'elle se taise. -j'ai mal à la tête, j'ai mal au ventre j'ai mal... houps surtout
pas au coeur parce que là c'était massage à l'huile pincements de peau et la totale: remèdes de grand-mère.
Il lui fallait me rendre présentable devant ma mère qui attendait ma venue à l'école chaque matin. Grand-mère n'avait pas la même conception du «convenable»
d'où le récurage hebdomadaire de ma mère.
Mémé pensait que j'avais toujours le foie fragile. En fait je me nourrissais de pêches sauvages des champs voisins, d'herbes que je mâchouillais lors de mes
escapades, de maïs crus. Donc tous cela arrosés de temps en temps de vin rouge et de semoule je partais à l'école avec le cerveau à l'image de ma coiffure ébouriffée.
L'école.
A la maternelle, j'avais un ami un grand frère, ANGE, marionnette de chiffons, toujours vêtu de son pyjama blanc à rayures bleu et dix fois plus grand que moi.
Mme Carron avait compris qu'il serait le seul à m'apprivoiser. Alors il était toujours assis prés de moi et j'adorai ses cheveux de laine. ANGE, mon ami mon frère mon refuge..........
Les années du primaire défilèrent lentement. Cataloguée d'enfant sauvage qui n'en faisait qu'à sa tête je m'isolais. Je voulais devenir transparente mais à
chaque fois c'était raté apetiguo varicelle rougeole tout pour me faire sortir du commun.
Quand fatiguée de me voir ainsi ma mère me réclama à temps plein. J'avais 9 ans.
Souvenirs à la volée...
Il y avait ce jour. Pour me retenir de mes envolées, ma grand-mère avait cédé à mon envie de faire comme elle: pause de henné sur cheveux. Assise prés du
radiateur j'étais fière avec mon fichu sur la tête. Elle, ravie de m'avoir coincée sur une chaise, s'affairait à la couture. Elle tentait d'enfiler son aiguille dans le chas...... Deux heures
plus tard il était environ 18 heures, elle s'étonna de ne pas m'entendre et me retrouva endormie contre le radiateur. La pâte avait séchée en croûte épaisse et pour me dégager de ce casque rouge
il lui fallut frotter encore et encore. Fatiguées de tant d'énergie, nous partîmes nous coucher sans passer devant le miroir du couloir...
Le lendemain matin ma coiffure n'affolant pas ma grand-mère, je partis chez maman sûre que cette fois je serai belle à son image. Grand-mère avait été étonnée
de voir que la couleur de mes yeux était encore plus verte. Je vus de sa fenêtre toute l'horreur que ma mère ressentit à me voir la tête rouge feu. Le henné additionné à des cheveux blonds
cendrés ne faisaient pas bon ménage et le crâne rougit par les frictions me rendait écarlate un vrai petit lampion aux dires des voisines.
Les ciseaux cisaillaient une à une mes boucles jamais coupées. Avec elle partait mon espoir d'être aimée d'elle. Jamais plus je n'essaierais de m'imposer.
M'effacer retourner dans son ventre ne jamais en ressortir sans passer par la case couloir............
Visites.
Et il y avait ses visites. Mes oncles qui chacun à leur tour venaient prendre de nos nouvelles. Les fêtes religieuses quand grand-mère s’affairaient à la
cuisine, je fuyais l’ambiance. Je n’avais rien à partager à donner. Les vacances scolaires ça j’adorais. Cousins cousines venaient comme une ronde folle tout agiter autour d’eux.
Grand-mère ne disait jamais non quand ils désiraient dormir à la maison. Mais alors, comme il n’y avait qu’un lit nous dormions tous avec elle, je
perdais ma place et son bras, sa peau, ma peluche, qui me berçait me rassurait pour dormir. Ce n’était pas grave, je les retrouverais plus tard.
Alors couchés, dans ce lit collé au mur, nous rigolions avec nos pieds à nous toucher, nous pousser puis soudain à faire silence, nous regarder écouter
la veilleuse à huile crépiter dans le couloir. Et de nouveaux de rire sans retenue. J’adorais rire à ne plus pouvoir respirer et bien évidement suivaient des envies de gros pipis. Je
bondissais du lit je pouffais de rire et ça empirait. Grand-mère réveillée du vacarme heureux que nous faisions sortait de son demi sommeil, elle aussi riait de me voir ainsi embarrasser mais ne
le montrait pas.
De retour à la chambre pour me calmer elle me plaçait à l’opposer de leur tête. Je ne voyais qu’un alignement de pieds. Des grands des petits des à la
peau douce ou à la peau flétrie. Calmés par la nuit qui nous apportait la sérénité je les regardais un à un s’endormir. Je me retournais vers les talons de ma grand-mère et trouvais un peu de sa
peau pour caresser mes doigts. Enervée par ce contact elle poussait ses pieds plus loin. Alors j’effleurais l’intérieur de mon poigné et m’endormais d’avoir donné du bonheur
Un oiseau dans les mains…
Nos habitudes de vies à deux ne tardaient pas à revenir. Une fois elle était partie voir des amis. Je traînais plus que d’habitude ce jour là pour rentrer à
midi. J’avais sonné tambouriné à la porte elle ne répondit pas. Elle m’avait oubliée.
Les voisins dérangés encore par mon vacarme me donnaient des « petits lus » pour que je patiente et attende sagement son retour assise dans les
escaliers. Je me retrouvais seule encore une fois, devant ces petits lus. Ils feraient l’affaire pour que je piége un oiseau. Alors je filais dans le champ émietter ces biscuits donnés par
compassion.
J’attrapais mon oiseau et délicatement soufflais sur sa tête pour relever ses plumes. Je passais mes doigts sur son duvet le renversais et m’amusais de le voir
dormir la tête dans le vide. Je pensais que je dominais les oiseaux et que j’étais capable de leur redonner vie. Puis d’un geste d’élan je lui rendais sa liberté. Il s’envolait étourdit de ce
qu’il venait de vivre….
Garçon manqué
Déjà petite je marchais en sens contraire de la société. Je n'aimais pas les robes, les chaussures vernis, le nez mouché, la raie dans mes cheveux
domptés, un mouchoir propre et plié dans la main. Je detestais les regards de la famille « Comme t'es jolie une vrai petite fille, ça te va tellement mieux »
Moi j'étais mal. Serrée dans cette robe je ne pouvais pas m'assoir par terre, je ne pouvais pas toucher la terre, me gratter le nez, siffler avec mes doigts,
me bagarrer avec mes cousins, grimper aux arbres pour me cacher et les voir sans qu'ils me sentent présente, épier leurs conversations à propos de la misère de mon pére d'avoir eu 6
enfants.
Pfff mon pére était plus riche qu'eux. Il nous avait nous ses filles, « ses Pierres de Lune ».
Quand les réunions de famille se finissaient je courrais dans la chambre, j'enlevais la robe, frottais mes cheveux essuyait le rouge à levres sur mes joues ,
empreintes de mes tantes, et courrais dans le champ voisin. Là je me posais sur l'herbe en recherche de l'odeur de la terre. J'enfouissais mes doigts dans le sol, me salissais volontairement et
fière de me reconnaître, le ciel ouvert devant moi, je machouillais les herbes hautes.
Ronces et orties
Un de mes cousin venait souvent chez grand-mére. Pour qu'il ne s'ennuie pas ses parents lui avais offert um vélo de course violet. J'étais folle de ce vélo et
prête à écouter ses ordres.
Mes Copains(il n'y avait pas de filles)devenaient les siens, vélo neuf oblige. Alors pour lui donner de l'importance on le suivait dans son
exploration de notre territoire: le terrain vague.
On passait sous les barrières, les herbes hautes pour arriver prés de la mare; rèserve de tétards et grenouilles. Fier d'avoir peché une grenouille, il prit un
vieux bidon d'huile de moteur et déversa le liquide noir sur la tête du batracien et mis le feu. Je me bouchais les oreilles au lieu de me cacher les yeux. Il la tenait par les pates arrières,
elle gonflait, dansait dans l'air, changeait de couleur pour ne plus etre. J'hurlais mon horreur, ma peine. Lui, me priea de dégager de rentrée chez « mémé ». Des larmes de rage
m'aveuglaient je traversais le champ d'orties et de ronces. Mes jambes fouettées ne sentaient pas la douleur. Je voulais fuir et préparer ma revanche elle serait à la hauteur de sa méchanceté. Ma
grand-mére affolée de me voir les jambes rouge et saignantes me frictionna avec du vinaigre.
Cuillère de purée pour une grenouille
Mon pére passait me voir certain soir pour se rassurer que je sois toujours vivante.Pour ce tranquiliser, il restait jusqu'à ce que je finisse mon repas du
soir puis repartait à pieds rejoindre sa maison.
Un soir mon pére passa et c'était purée au menu. Occupé à me faire avaler les platrées de purée il ne voyait pas mon cousin assis en face de moi. Quand il
s'interropait pour parler à ma grand-mére, je tirais la langue pleine de purée à mon cousin. Aprés plusieurs grimaces dégoulinantes Michael prit avec le revers de sa cuillére une bonne dose de
purée et me l'envoya en pleine figure. Mon pére surprit, envoya de retour une baffe de cow-boy à ce tireur. Vengence vengence que je lui criais avec mes yeux de fureurs.
Ma grenouille qui avait rejoint mon chien pouilleux était venger.
Maux de ventre
A l'age de neuf ans j'avais des douleurs au bas du ventre à ne pas pouvoir marcher ni même bouger. Je ne mangeais rien et trainais mon corps écorché. Papa
inquiet de me voir dépèrir m'emmena chez le doc du quartier. Consultation, examens, rien? Diagnostique pour que je retrouve l'appétit il fallait que je fasses du sport.
Tremblante de froid dans mon petit maillot de bain rouge et tetanisée devant le bassin, je devais sauter dans l'eau et rattraper un anneau au fond de l'eau.
Ferner les yeux, sauter sans respirer ne pas ouvrir la bouche, jeter l'air, et remonter. D'un élan rempli d'effroi je sautais.
Le silence, l'eau tiéde qui glisse sur le corps et me lave, les bulles qui m'empechent de voir, pas de mots pour expliquer cette émotion.
J'appris très vite à nager. Je poussais la perfection jusqu'à me deplacer dans l'eau sans éclaboussures, traversais les longueurs complétes sous l'eau, faisais
mes 3600 métres trois fois par semaines et en redemandais le week end.
Je n'avais plus mal au ventre. Dans la même année je repris l'appetit, trouvais une passion, et des nouvelles copines. Mon pére fut présent à chaque
entrainements, compétitions durant 9 ans.
Jour de Chance et grenadine
Avec espoir mon pére jouait au tiercé chaque dimanche matin et pour soulager ma mére il emmenait avec lui l'un d'entre nous. Et il m'arrivait de mériter la
virée au café avec lui. Alors j'avais droit à ma grenadine une place en terrasse et je promettais d'etre sage en attendant son retours du guichet et du Bar. Je le voyais boire du liquide jaune,
serrer des mains et j'essayais de lire ,mais en vain, sur ses lèvres ses mots qui faisaient rire son monde.
De retours à la maison, nous mangions tous ensemble et papa d'essayer de raconter ses rencontres à maman s'embourbait avec des phrases incomprehensibles. Il
sombrait dans sa sieste et ne se relevait qu'au tierce. Malheureusement perdant tres souvent, nous étions condannés à rester dans la moyenne des pauvres.
Un jour il me demanda des numeros et « bingo » le tiercé dans l'ordre. Ce devait etre une grosse somme à voir sa tête quand il vint me voir chez
grand-mere. Il se présenta avec dans les mains une bouteille de grenadine et un paquet en papier journal, à l'interieur il y avait des billets des centaines de billets. -Bingo criait -il
« tu es mon mazal cendrine ». Mais hélas pour nous ce fut la premiere et derniere fois.
Piqures de guêpes.
Mon pére travaillait comme tourneur fraiseur dans deux Usines prés de chez ma grand-mére.
Réguliérement il demandait son compte pour obtenir son salaire afin de faire manger mes frères et soeurs. Il alternait embauches et démissions dans ces Usines
selon les besoins financiers de la famille.
Je le voyais de tant en tant se rappliquer chez grand-mére quand sa « cantine » n'était pas pleine. Alors je l'attendais dehors qu'il arrive. Un jour
que le soleil brûlait la peau, je me suis mise à l'abri prés d'un bosquet. Je n'avais pas vu que deux guêpes se battaient sur l'herbe. La faim me tiraillait l'estomac et pour calmer cette douleur
je m'asseyais sur le gazon. Une vive douleur me prit à la fesse droite. Je m'étais assise sur ces guêpes folles de rage. Je courrus chez grand-mére en me tenant la chair comme pour arracher les
poignards empoisonnés.
Grand-mere me saisit et c'est avec son couteau à légume qu'elle éplucha ma fesse pour en extraire les dards. J'eus droit au vinaigre et aux rires de mon pére.
Je repartais à l'école avec encore moins d'élan.
Depuis ce jour je ne l'ai plus attendu. Le chemin pour l'amener à moi il le connaissait. Il se débrouillerait bien tout seul. Quand aux guêpes elles mourrurent
par mon pied sans attendre l'agonie d'un dard arraché.
Points blanc et gros gâteau
Je sentais mon corps trempé de sueur s'enfoncer dans le lit. Mes paupiéres étaient lourdes, la bouche séche, l'air était rare je faisais des efforts pour
l'aspirer. J'étais malade mais pas comme à l'habitude quand le nez coule et que les oreilles sont bouchées. J'avais le feu dans la gorge. L'air maintenant me déchirait la poitrine. Un feu vif
enflamait mes poumons.
Je tentais en vain d'appeler ma grand-mére. Je ne pouvais pas bouger, mes membres me faisaient souffrir. Mon corps était douleur et la panique
m'envahit.
Comme une lumiére au bout d'un tunnel ma grand-mére apparut. Une odeur douce et âcre remplissait la chambre. Elle souleva ma tête pour m'aider à boire un vin
chaud additionné de cannelle. « bois, le mal s'en ira, le vin va tout nettoyer. » Puis elle amena sa poele noire dans laquelle est brulait des herbes et des cristaux. L'encens
remplissait la chambre et je sombrais dans un delire qui me marque encore. Les murs se bombaient, le miroir ondulait, le lit bougeait, les couleurs prenaient des tons fluorecents et le rose
dominait. J'avais l'impression que ma grand-mére bougeait trop vite et que le sol n'était pas droit. Tous s'animaient et me faisaient peur. Je vais mourir pensais-je. Pas de combats je
m'abandonnais à cet état....
Je fermais les yeux et puisais en moi la force pour ne pas paniquer et finis par m'endormir.
Des voix discretes, ne firent sortir de ma torpeur. Le doc, ma tante étaient là ma grand-mére se tenant la poitrine essayait de comprendre les mots du
docteur(elle parlait le français mélangé; langue natale plus judéo-arabe un must pour rire). « di points blancs qui est ce qui dit li docteur, le vine blanc s'est mizziane bon pour li sang.
Pas besoin di dicteur va guirrir cendrille hein?
Ma tante sans mots racompagna « li dicteur » à la porte.
Quand elle réapparut c'était avec de bons antibiotiques qui vous mettent les boyaux à l'envers mais vous soignent éfficacement.
Deux jours plus tard l'angine à points blancs perdait du terrain mais les aliments me faisaient souffrir. Je pouvais avaler que du liquide et encore.Ma tante
Germaine passa nous voir et me proposa du gâteau d'aniversaire de mon cousin Charles. Un fraisier, himmmmmm
la premiére bouchée me griffa la gorge. La seconde racla. La troisième resta quelque instant dans la bouche. Les saveurs revenaient. Et enfin le dernier
morceau, je pus le macher doucement le saliver le savourer et le laisser glisser sans douleurs.
Jamais je n'ai mangé un gâteau aussi revelateur de goût. Je pensais qu'à partir de ce jour je ne mangerais plus que du fraisier.